Cachez ce tort que je ne saurais voir !

Comprendre et faciliter la remise en question dans les démarches de prévention RPS


Difficile exercice qu’est la remise en question ! Elle qui demande à la fois de prendre du recul sur sa position et d’accepter ses failles. Pourtant, dans les faits, les facteurs de risques psychosociaux proviennent bien souvent de fonctionnements complexes qui impliquent une majorité des acteurs de l’entreprise. Cette réalité, facilement perceptible du point de vue de l’observateur extérieur, l’est beaucoup moins du point de vue des personnes directement concernées.


Pour faire face à ce constat, il est important en tant que préventeur RPS de mieux comprendre les raisons qui rendent difficile la remise en question. Cela permet ensuite de mettre en place des pratiques permettant de faciliter une prise de conscience collective.


Laissez-nous vous présenter cela plus en détails.



Plusieurs explications permettent de comprendre pourquoi il est si difficile de se remettre en question.


Premièrement, il est tentant, lorsque le mal-être vient frapper notre entreprise, de préférer les explications simples qui permettent d’envisager une maîtrise efficace et rapide de la situation. Nul besoin de mettre en place des espaces d’échanges ou un processus de médiation lorsqu’un responsable unique est pointé du doigt. Cette tendance à “rechercher un coupable” répond notamment à notre besoin fondamental de certitude, qui nous pousse à rechercher les solutions nous permettant de limiter au maximum les situations non contrôlées.


Deuxièmement, force est de reconnaître que l’être humain est globalement mauvais lorsqu’il s’agit de prendre conscience des biais qui frappent son jugement. Combien de situations problématiques mettent en scène des acteurs qui ont tous l’impression de s’impliquer davantage que leurs collègues ? De communiquer plus que les autres ? D’être plus clairvoyants ? Cette tendance possède un nom : le blind spot. Ce biais cognitif correspond, ironiquement, au fait d’être en capacité de bien mieux remarquer les erreurs de jugement chez les autres que chez nous-mêmes. Ce qui rend plus difficile la prise de conscience du rôle que l’on peut jouer dans les manifestations de souffrance au sein de notre entreprise !


Troisièmement, la difficulté à reconnaître sa part de tort peut trouver sa source dans la peur du changement. Reconnaître ses fautes, c’est avouer aux autres, mais aussi à soi-même, les défauts de ses pratiques de travail et ouvrir la possibilité de les transformer pour aller vers un mieux. C’est accepter d’abandonner une situation relativement maîtrisée, bien que bancale, pour aller vers l’inconnu. Un risque qui n’est pas toujours évident à prendre, surtout lorsque l’expérience du travail vient cristalliser certaines croyances difficiles à laisser de côté.


Avoir du mal à reconnaître ses torts va donc, dans la majorité des cas, bien au-delà de la mauvaise foi.


Nos peurs profondes, combinées à nos biais cognitifs, orientent bien souvent notre jugement dans une autre direction. Le but ? Protéger l’image que nous avons de nous-mêmes et éviter une remise en question qui pourrait avoir bien plus de conséquences qu’on ne le voudrait.


Avoir conscience de cet état de fait est essentiel dès lors que l’on intervient à la sensibilisation, à la détection ou à la prévention des risques psychosociaux. Ces actions impliquent quasi systématiquement de mettre des personnes devant des vérités qu’ils n’ont pas forcément envie d’entendre. Le risque est alors grand de voir naître les résistances et le déni. Dès lors que l’on comprend ces résistances et les mécanismes inconscients ou conscients qui les sous-tendent, on peut en effet mettre en place des actions qui s'avèrent plus efficaces.


Si chaque situation à ses spécificités, voici quelques règles pour faciliter l’acceptation des vérités qu’on préfère oublier :


1. Permettre d’expérimenter nos biais plus que les expliquer. Présenter les biais cognitifs de manière théorique aura souvent un effet “pétard mouillé” : la plupart de vos auditeurs accepteront l’existence de ces biais chez les autres, mais chez eux. Mieux vaut donc leur permettre d’expérimenter ces biais directement au moyen de mises en situation pour qu’ils s’en rendent compte par eux-mêmes.


2. Mettre l’accent sur l’aspect normal des erreurs de jugement pour les démystifier. Il est important de souligner les mécanismes cognitifs qui expliquent les biais cognitifs. Cela permet de dédramatiser et de rationaliser nos erreurs de jugement. Et donc de mieux les accepter, non comme un aveu de faiblesse, mais comme une marque de notre humanité !


3. Mettre l’ensemble des acteurs concernés sur un pied d’égalité. Les démarches de sensibilisation et de prévention des RPS doivent inclure de manière égalitaire l’ensemble des acteurs d’une entreprise, afin de que chacun soit impliqué au même niveau.


4. Poser le problème … et la solution. Pointer du doigt un problème de manière efficace est une chose, accompagner le changement en est une autre. Pour qu’une démarche de prévention fonctionne, il est essentiel de mettre en avant des solutions concrètes et faisables pour le public concerné. Cette démarche permet de mettre en avant la possibilité opérationnelle d’un changement de pratiques, qui se veut rassurante et incite à l’action.


Un accompagnement à la prévention et à la gestion des RPS incluant cette difficulté à prendre conscience de ses torts, c’est l’assurance d’être entendu et d’instaurer une véritable transformation des pratiques.


Pour sensibiliser, sans accuser !

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