Confinement et détresse psychologique

Revue du Doc #4 - Étude des conséquences psychologiques du confinement pendant la pandémie de COVID-19 en Chine.


D'après une étude de Jianyin Qiu et al. publiée le 6 Mars 2020.



La pandémie de “Coronavirus Disease 2019” (COVID-19), qui touche aujourd’hui la quasi totalité des pays du globe, est apparue en décembre 2019 à Wuhan en Chine. Au sein de ce pays, on a dénombré à ce jour plus de 80 000 cas confirmés et 3261 décès. Pour faire face à ce fléau, la chine a été le premier pays à mettre en place une politique de confinement sans précédent, qui a maintenu un grand nombre de personnes isolées et a affecté de nombreux aspects de la vie des habitants.


Si le COVID-19 constitue une réelle menace pour la santé des individus, le confinement, bien que nécessaire, constitue quant à lui une menace pour la santé psychologique. 


L’étude dont je souhaite vous parler aujourd’hui décrit les conséquences psychologiques du confinement lors de la pandémie COVID19 en Chine, et montre l’importance de l’accompagnement psychologique au cours de cette période.



L’étude de Jianyin Qiu et collègues


Publiée le 6 mars 2020, cette étude se base sur plus de 50 000 réponses à un questionnaire envoyé à grande échelle aux habitants de Wuhan au cours du confinement. Les participants à l’étude ont dû remplir un questionnaire, le COVID-19 Peritraumatic Distress Index (CPDI), évaluant la détresse liée au confinement au moyen de différents indicateurs (parmi lesquels on trouve notamment la fréquence de l'anxiété, de la dépression, des phobies mais aussi des symptômes physiques).


Le but principal de cette étude est 

  1. de mesurer la prévalence et la gravité de la détresse psychologique liée au confinement,

  2. d'évaluer les conséquences de cette détresse au niveau sociétal et,

  3. de fournir des statistiques permettant de mettre en œuvre des politiques pertinents en matière de santé mentale.


Les résultats 


  • Quel est le risque de détresse lié au confinement ? 


Sur l’ensemble des 52 730 répondants, les chercheurs notent que près de 35% ont fait l’expérience d’une détresse psychologique au cours de la période de confinement. Plus précisément, 29,29% des répondants présentaient les signes d’une détresse légère à modérée et 5,14% des répondants présentaient les signes d’une détresse sévère.


  • Qui sont les personnes les plus à risques ?


Les résultats indiquent que les personnes les plus à risque de détresse sont : 

  • les femmes, globalement plus sujettes au stress et au troubles post-traumatiques

  • les personnes âgées de 18 à 30 ans, qui auraient davantage tendance à être confrontées à des informations anxiogènes via les réseaux sociaux

  • les personnes âgées de plus de 60 ans, les plus touchées par la maladie

  • les personnes ayant fait des études supérieures, qui auraient une conscience plus élevée des risques pour leur santé

  • les travailleurs migrants, qui éprouvent des inquiétudes quant à leur exposition au virus et à la privation de revenus

  • les personnes résidant dans les zones les plus touchées par la pandémie.


  • Quels sont les autres facteurs de détresse ?


Les niveaux de détresse psychologique ont également été influencés par la disponibilité des ressources médicales locales, l'efficacité du système régional de santé publique et les mesures de prévention et de contrôle prises contre la situation épidémique.


Quelles suggestions pour la gestion de la pandémie ?

Les résultats de cette étude suggèrent les recommandations suivantes pour limiter les risques de détresse dans les pays ayant mis en place le confinement :

(1) le renforcement et l’amélioration de l'accessibilité aux ressources médicales et au système de services de santé publique;


(2) la mise en place d’un accompagnement à l'échelle nationale dispensant les premiers soins psychologiques, notamment  pour les personnes les plus à risque de détresse;


(3) la mise en place d’un système complet de prévention et d'intervention comprenant une surveillance épidémiologique, un dépistage, une orientation et un ciblage de l’intervention.



Pris dans leur ensemble, ces résultats soulignent l’importance de l’accompagnement psychologique durant le confinement ainsi que la nécessité d’une prise de mesures claires par les instances publiques afin de rassurer la population. Prudence toutefois : les résultats de cette étude menée en Chine ne permettent pas de prédire l’ampleur des conséquences du confinement en France. Ils permettent cependant d’anticiper une potentielle détresse psychologique à grande échelle et fournissent des indices importants sur les stratégies à adopter pour y faire face.






Sources :

  • L’article original est disponible ici.

  • Une autre source d’informations ici.

  • Une revue de littérature des effets du confinement (non spécifique à la pandémie de covid19) est disponible ici.


Pour participer à l'étude des effets psychologiques du confinement en France, cliquez sur ce lien !

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