PNL : Science ou Pseudo-science ?



Je ne vais sans doute pas me faire que des amis mais je dois être honnête … Je n’ai jamais été très fan de la PNL.


Vous savez, la programmation neuro-linguistique, ce courant qui se veut une "nouvelle approche de la personnalité", et qui connaît depuis quelques années un essor considérable dans le domaine du bien-être professionnel ?


Pour ceux qui ne la connaissent pas, cette méthode cherche à améliorer les pratiques de communication et de réalisation de soi en modélisant puis en reproduisant des modèles de réussite. Elle fournirait des outils dont la clé réside dans l’utilisation du corps et du langage, afin de nous permettre de programmer sur soi ces modèles de réussite, qu’ils proviennent d’expériences de réussites personnelles, ou du succès de personnes de talents.


J’avoue que cette description m’a toujours laissée perplexe. Une méthode si prodigieuse a-t-elle fait ses preuves ? A-t-on réussi à prouver scientifiquement l’efficacité de cette méthode ? Pendant plusieurs années, j’ai choisi de ne pas me prononcer sur la PNL, n’ayant pas eu le temps de faire des recherches sur les sources et les fondements de ce courant. C’est aujourd’hui chose faite… et je dois dire que le fruit de mes recherches va dans le sens de mon intuition.


Des fondements scientifiques bancals … voire erronés


Si la PNL se présente, de prime abord, comme une discipline solide, quelques recherches approfondies permettent de se rendre compte que ce n’est pas le cas. En réalité, la PNL fait référence à de nombreux modèles reconnus par la communauté scientifique dans les années 70 … mais invalidés depuis. Prenons un exemple concret : la PNL fait référence à la théorie du cerveau dit “triunique” : le cerveau serait organisé en trois niveaux ayant chacun un rôle bien différent: le cerveau reptilien (centre de nos comportements de base tels que manger ou boire), le cerveau limbique (centre de nos émotions) et le néocortex (centre de notre pensée plus abstraite). Ce modèle est aujourd’hui largement critiqué par la communauté scientifique, qui conçoit les aires cérébrales comme des ensembles de zones en interaction ne correspondant pas forcément à une fonction déterminée. De nombreux chercheurs pointent ainsi le fait que la PNL se base sur des idées qui n’ont jamais fait l’objet de vérification rigoureuse.


La notion même de programmation (et donc de reprogrammation) de nos comportements pose question. La PNL est en effet une approche purement déterministe du comportement humain, selon laquelle nos actions seraient déterminées à l’avance par ces programmes intégrés dans notre cerveau. Or cette idée va à l’encontre de très (très !) nombreuses recherches en sciences sociales. Il est indéniable que certains de nos comportements sont automatiques. Cependant, des modèles solides de psychologie scientifique (comme la théorie de l’action raisonnée ou la théorie du comportement planifié) montrent que parmi les comportements que nous produisons au quotidien, nombreux sont ceux qui sont dictés par des contraintes liées à la situation dans laquelle on se trouve, et pas par la “programmation” de notre cerveau. D’une part, parce que nous disposons d’un certain contrôle conscient sur nos comportements, qui freine parfois certains réflexes (pensez au nombre de fois où vous vous êtes retenu de dire quelque chose pour ne pas blesser quelqu’un). D’autre part, parce qu’il est maintenant certain que notre environnement social nous influence de manière considérable (on ne se conduit pas de la même façon en discothèque, à l’église ou dans un magasin de meubles !).


Une appellation trompeuse pour une efficacité contestable


Il faut bien l’avouer, lorsqu’on lit “Programmation Neuro-Linguistique”, ça en jette ! Et pour cause, cette appellation rassemble trois mots fortement associés dans les esprits à des disciplines scientifiques. Les ouvrages classiques de PNL cumulent également les références à des théories scientifiques (telles que la grammaire transformationnelle de Chomsky) en les détournant de leur sens initial. On a ainsi affaire à un amalgame de concepts scientifiques sans aucune logique ou justification.


Or, il n’existe à l’heure actuelle aucun consensus scientifique concernant l’efficacité de la PNL, loin de là ! Ainsi, une revue de 2018 faisait le triste constat que sur 96 articles scientifiques discutant de l’efficacité de la PNL dans l’amélioration de la santé et du bien-être au travail, seulement 7 respectaient les conditions minimums pour évaluer de manière scientifique cette efficacité. Et encore, ces 7 articles étaient jugés (par des critères objectifs) comme sensibles à divers biais méthodologiques, ce qui permet de remettre en question leurs conclusions. D’ailleurs, une autre revue de littérature datant de 2013 pointe également du doigt le même type de faille méthodologique dans les articles scientifiques évaluant l’efficacité de la PNL sur la santé générale. Autrement dit, après environ 50 ans d’existence, les preuves scientifiques de l’efficacité de la PNL sont quasiment inexistantes, et surtout très largement critiquées.


Toutes les caractéristiques du “mythe scientifique”


Pour comprendre ce dernier point, il est bon de rappeler que la science possède des principes de base qui permettent de garantir sa fiabilité. En premier lieu : la falsifiabilité. Cela signifie que toute théorie scientifique doit pouvoir hypothétiquement être infirmée. Une théorie non falsifiable est une théorie dont on ne peut en aucune manière prouver qu’elle est fausse. On n’est donc plus dans la science, mais bien dans le dogme. Or la PNL fait partie de ces théories qui non seulement ne sont pas falsifiables, mais se revendiquent comme telles. On observe ainsi parmi les formateurs PNL un “fort rejet du savoir académique” qui se justifierait par le fait que l’expérience de la PNL ne peut être que subjective.


En outre, selon Richard Bailey et ses collaborateurs, la PNL cocherait toutes les cases du mythe scientifique, aussi appelés pseudo-sciences, à savoir l’absence d’autocorrection, l’abus de tactiques pour se protéger de la réfutation, le caractère infalsifiable, l’absence de liens avec d’autres domaines de connaissance (comme … au hasard … la psychologie), l’évitement systématique d’une réelle évaluation critique par les pairs, l’accent mis sur la confirmation plutôt que la réfutation, et surtout une surdépendance aux anecdotes et aux témoignages plutôt qu’aux preuves systématiques (voir également l’excellent article vulgarisé de Morgan David sur le sujet). Sacré chef d’accusation !


Loin de moi l’idée de faire le procès des personnes qui pratiquent la PNL et le font, j’en suis sûre, avec de très bonnes intentions. Je trouve simplement déconcertant de constater qu’un petit nombre de personnes peut tirer profit d’un concept apparemment scientifique mais éminemment commercial, dont l’efficacité sur le bien-être et la santé est fortement discutée. Alors oui, prouver scientifiquement l’efficacité d’une pratique prend du temps, oui les méthodes proposées sont peut-être légèrement plus compliquées (encore que …) mais cela ne vaut-il pas le coup ?


L’exigence intellectuelle qui implique de baser sa pratique sur des recherches scientifiques fiables n’est-elle pas, aujourd’hui, la plus forte valeur ajoutée qu’un expert puisse apporter ?


473 vues

© 2020 Nolwenn Anier & Quentin Victeur. Tous droits réservés.