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Pourquoi nous ne vous parlerons pas du blues de la rentrée !

Tous les ans, entre la fin du mois d’août et le début du mois de septembre, c’est la même chose. Les médias spécialisés dans la santé et la prévention des RPS nous abreuvent de contenus concernant un phénomène bien connu de cette période ...


😱 le blues de la rentrée !


Des contenus qui se veulent, pour la plupart, rassurants et riches en conseils et astuces permettant de surmonter cette étape qui n’est, effectivement, pas toujours simple à gérer. Bien évidemment, ces contenus ne sont pas problématiques en eux-mêmes et recèlent des astuces utiles pour permettre une rentrée en douceur. C’est davantage le niveau d’attention apportée chaque année à ce phénomène qui, je dois l’avouer, me dérange un peu. D’une part, parce que mettre en lumière le blues de la rentrée de façon aussi prononcée peut avoir pour effet de créer des problèmes là où il n’y en a pas forcément. D’autre part (et surtout), parce qu’attribuer un sentiment de déprime à la période de rentrée peut amener à minimiser des situations de souffrance réelle. Voyons ensemble les quelques raisons qui expliquent cette opinion !



Ressentir un léger blues en période de rentrée est totalement normal


Soyons honnêtes : les inquiétudes en période de rentrée sont, pour la plupart d’entre nous, bien réelles. Plusieurs raisons permettent objectivement d’expliquer ce constat. 


Premièrement, l’effet de contraste.


Il s’agit d’un biais de jugement bien connu des psychologues qui affecte la perception que nous avons de notre travail en période de rentrée. Pour faire simple, nous avons tendance à évaluer un objet, une personne ou une situation en le comparant à un objet, une personne ou une situation qui nous est présenté simultanément ou nous a été présenté récemment. Par exemple, les psychologues américains Stanley Morse et Kenneth Gergen [1] ont montré que, lors d'un entretien d'embauche, le fait d'être seul à côté d’une personne élégante et paraissant bien préparé à l'entretien fait baisser de manière importante l'estime de soi du sujet. Pour le retour de vacances, même constat : au sortir d’une période de repos, de loisirs, de dépaysement, de retrouvailles … le quotidien a souvent grise mine. L’effet de contraste va, au cours de cette période de rentrée, agir comme un filtre qui ne laisserait passer que les aspects négatifs de notre routine de vie. Ce biais ne résiste cependant pas à la confrontation à la réalité, qui nous rappelle (espérons-le !) que le quotidien recèle également son lot de joies. Pas d’inquiétude à avoir, donc, en cas de légère baisse de moral ces prochains jours !


Deuxièmement, comme toute période de transition, la rentrée demande de changer les habitudes de vie que nous avons prises au cours des congés.


Après 2 ou 3 semaines de congés, il est indéniable que nous avons adopté des habitudes de vie qui correspondent souvent davantage à notre rythme naturel que celui que nous avons au quotidien lorsque nous intégrons les contraintes liées à la vie professionnelle. La rentrée, c’est donc avant tout une période de changement qui nous demandera quelques jours avant de reprendre nos marques. Là encore, les petits désagréments associés à ce phénomène (sensation de fatigue, manque de concentration, tristesse …) s’estompent normalement rapidement et sans intervention spécifique.


Enfin, rappelons également que la période de rentrée est, pour beaucoup d’entre nous, synonyme d’une surcharge réelle de travail.


Surcharge qui concerne bien souvent des tâches répétitives. Par ailleurs, l’accumulation des mails et des demandes peut engendrer une légère angoisse liée à l’impression d’être en retard sur son travail. Impression qui, là encore, s’estompera naturellement une fois les mails traités et une mise à jour sur les événements des dernières semaines réalisée.


En résumé, le blues de la rentrée est un phénomène totalement naturel 🤷🏻‍♀️. Connaître ce phénomène, être indulgent avec soi-même et ses collaborateurs lors des premiers jours et adopter un état d’esprit centré sur les aspects positifs de son quotidien suffisent dans la majorité des cas à faire en sorte que celui-ci disparaisse rapidement.


Un “blues” très important n’est généralement pas lié à la rentrée


En revanche, lorsque la rentrée s’accompagne d’une sensation de déprime qui traîne en longueur (plusieurs semaines) ou génère des émotions négatives très fortes, la situation doit être prise au sérieux. La reprise du travail suite à une période de coupure peut en effet révéler un profond mal-être professionnel et mettre en lumière des aspects problématiques du travail qui doivent être adressés. C’est justement l’un des problèmes importants que j’identifie à la mise en lumière prononcée du blues de la rentrée. À force d’associer cette sensation de déprime à la rentrée, on amène les personnes qui subissent un réel stress ou mal-être à minimiser leur ressenti. Celui-ci est alors attribué à la période et non aux facteurs organisationnels qui le génèrent. Si la rentrée est, par effet de contraste, propice à la prise de conscience de problèmes liés au travail, penser que cette souffrance est normale va amener à minimiser son ressenti, voire à normaliser ce qui ne devrait pas l’être. Lorsque les émotions négatives liées à la rentrée sont trop intenses, une remise en question s’impose. Cela passe notamment par :

  • Un questionnement de son rapport au travail. Un trop gros stress à l'idée de la reprise peut être révélateur d'un déséquilibre entre vies personnelle et professionnelle, ou d'un trop gros investissement dans le travail au quotidien.

  • Un questionnement de sa motivation professionnelle. Un travail que l'on peine vraiment à reprendre après une pause est souvent un travail qui ne remplit pas nos besoins fondamentaux (compétence, autonomie, relations), ce qui entraîne une baisse de motivation.

  • Un questionnement sur le sens de son travail. Mettre son quotidien en pause permet souvent de se recentrer sur ses valeurs et aspirations. La rentrée peut donc être l'occasion de faire le point et éventuellement d’ajuster notre quotidien professionnel.


Ces questionnements peuvent bien évidemment être accompagnés en interne, par le management ou par un professionnel de la santé psychologique. Des solutions doivent être mises en place afin de minimiser au maximum le risque de souffrance et de rebooster la motivation et le bien-être des collaborateurs concernés.


S’il est illusoire d’imaginer qu’il est possible de neutraliser totalement le blues de la rentrée, la façon dont cette problématique est parfois abordée dans les médias me donne parfois l’impression que l’on crée des problèmes là où il n’y en a pas et qu’en conséquence, on masque les réels besoins de certains salariés et professionnels.


On ne le répètera jamais assez : la QVT c’est toute l’année ! 🚀


[1] Morse, S., & Gergen, K. J. (1970). Social comparison, self-consistency, and the concept of self. Journal of personality and social psychology, 16(1).



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