Qui dit burnout ne dit pas forcément surcharge de travail !

Le burnout, tout le monde en a déjà entendu parler. La médiatisation autour de ce syndrome va grandissante et de plus en plus d’entreprises se saisissent du problème en essayant de mettre en place une prévention efficace. Cependant, cette médiatisation entraîne également une représentation du burnout comme systématiquement lié à une surcharge de travail. N’est-il pas dangereux de communiquer sur une seule source de burnout comme si c’était la seule ? Ne peut-on pas souffrir de burnout en faisant des journées de 7h ?


On voit ça tout de suite !



Salarié surchargé = burnout médiatisé


Si l’on en croit les témoignages de personnes ayant vécu un burn-out dans les médias, le burnout commence et s’explique en premier lieu par une surcharge de travail. La majorité de ces témoignages fait en effet référence à un travail acharné, à raison de 20h par jour, 7 jours sur 7 (ok, j’exagère sans doute ;) ). Voici quelques exemples :


J'ai toujours été une grosse bosseuse. Depuis le lycée, j'avais trimé, trimé, trimé pour me donner les moyens d'en arriver là où j'étais” peut-on lire dans le HuffPost

Et je faisais ce qu’on m’avait toujours appris à faire, travailler toujours plus pour plus de résultats [...], répéter toujours les mêmes journées pleines d’heures de travail sans compter le reste.” lit-on sur le site de l’observatoire de la santé.

"Je travaillais avec de moins en moins de monde, je compensais en jouant le correcteur, le maquettiste, le VRP... On m'en demandait de plus en plus. [...] J'accomplissais l'infaisable." lit-on encore dans l’Express.

Mais alors … le burn-out est-il seulement réservé aux bosseurs de l’extrême ? aux personnes qui travaillent d’arrache-pied jour et nuit sans compter leurs heures ?


L’idée en elle-même me semble à première vue problématique. Difficile de prévenir et de repérer efficacement les premiers symptômes du burnout si l’on est persuadé que ce syndrome est réservé aux travailleurs ultra-acharnés ! De plus, si je suis convaincue qu’une surcharge de travail est un facteur de burnout, j’ai également l’impression que ce syndrome est plus complexe qu’une fatigue physique intense.


Voyons ce qu’en disent les recherches récentes sur le sujet !


Le burnout : résultat d’une adaptation face au stress


Une revue de littérature récente pointe un fait qui me semble important : ce que l’on appelle généralement le burnout est avant tout le résultat d’un processus d’adaptation à long terme face à une source de stress. Autrement dit, les personnes qui “font un burnout” essayent durant plusieurs mois, voire plusieurs années, de s’adapter comme elles le peuvent à une situation stressante, consommant souvent leurs ressources physiques et psychiques, jusqu’au moment où l’adaptation n’est plus possible.


Cette définition du burnout est intéressante, car elle offre une vision du burnout qui va contre certaines idées reçues. En premier lieu, il me semble qu’elle éloigne l’idée de burnout d’une conception extraordinaire, spectaculaire, réservée aux élites.


Toute personne rencontrant, dans sa vie quotidienne et de manière répétée une source de stress, est susceptible de développer un burnout (qu’elle le développe ou pas dépend en partie de caractéristiques individuelles, mais là n’est pas le sujet).


Or, on le sait bien, la charge de travail n’est pas la seule source de stress que les salariés peuvent rencontrer.


Un syndrome aux causes multiples


Une seconde revue de littérature récente met en avant les différentes causes possibles du syndrome de burnout, en se basant notamment sur le modèle de la célèbre Cristina Maslach (pionnière dans l’étude du syndrome). Cette revue met en avant 6 causes possibles au burnout. La charge de travail en fait bien évidemment partie. L’auteure avance même que la surcharge est la source de burnout la plus mise en avant, mais aussi l’une des principales responsables de l’épuisement que ressentent les victimes. Cependant, 5 autres sources de burnout sont également mentionnées :

  1. Le manque de contrôle sur les aspects critiques et les ressources nécessaires pour effectuer son travail

  2. L’inadéquation entre les efforts fournis par le salarié et les récompenses perçues (qu’elles soient sociales ou financières)

  3. Une mauvaise synergie sociale (incluant les relations personnelles et interactions de travail) entre collègues, avec les supérieurs ou les clients

  4. Une absence de justice ou d’équité sur le lieu de travail

  5. Un décalage trop important entre les aspirations, la motivation et les idéaux de l’individu et les valeurs organisationnelles.


Selon Cristina Maslach et ses collègues, toute inadéquation ou déséquilibre entre la personne et un ou plusieurs de ces six domaines du travail peut intensifier la probabilité de développer un syndrome de type burnout. En d’autres termes, il existe de nombreuses explications possibles au burnout, qui incluent mais pas seulement la surcharge de travail.


Pour une pluralité des témoignages sur le burnout !


Mettre en avant les cas de burnout liés à une surcharge de travail n’est donc pas faux, bien entendu. Il s’agit même, à mon sens, d’une démarche importante pour que les personnes qui rencontrent cette situation puissent en reconnaître les signes. Cependant, mettre en avant UNIQUEMENT (ou presque) les cas de burnout liés à une surcharge me semble dangereux.


Cela participe, à mon sens, à créer une conception du burnout comme un syndrome réservé aux acharnés de travail, compliquant en même temps le diagnostic chez les personnes qui rencontrent d’autres facteurs de stress professionnel.


Cela peut amener certaines personnes, pourtant au bord du gouffre, à penser qu’elles ne peuvent pas faire un burnout parce qu’elles travaillent 7h par jour et pas 15. Il est pourtant possible de s’épuiser professionnellement et mentalement sur un poste ou un projet sans pour autant faire d’heures supplémentaires, ou sans devoir faire face à des enjeux et des responsabilités au-delà de la “normale”.


Cela peut amener certaines organisations à penser que, si elles réduisent les horaires de travail des salariés, la prévention du burnout est alors assurée.


Le climat de l’entreprise, un trop grand écart entre les aspirations et le travail au quotidien, une pression malsaine, voire du harcèlement … sont autant de circonstances qui peuvent épuiser les ressources d’un individu. Il est important selon moi de commencer à mettre en lumière l’ensemble des causes possibles au burnout pour une meilleure reconnaissance de ce syndrome et un diagnostic plus précoce des personnes qui en sont victimes. Cela passe à la fois par une diversification des témoignages, mais aussi par une sensibilisation des managers et des salariés sur ce sujet.


Reconnaître la “banalité” du burnout, pour mieux le prévenir !


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