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Télétravail : 4 défis identifiés par la recherche, les clés pour les relever !

Dernière mise à jour : 8 déc. 2021

Flexibilité, gain de temps, liberté… le télétravail a souvent fait rêver celles et ceux qui y voyaient l’opportunité d’enfin tout concilier. Oui mais voilà : l’épidémie de COVID-19 l’a imposé pour beaucoup d’employés - non préparés - comme une nouvelle façon de travailler. Résultat, il devient au fur et à mesure des vagues et des restrictions qui les accompagnent, une véritable contrainte pour l’équilibre psychique. L’annonce d’une 5ème vague et les nouvelles mesures prises chez les pays voisins font appréhender chez beaucoup de Français la reprise du travail à la maison. Alors comment est-on passé d’un mode de travail convoité à une solution redoutée ? Les dernières recherches ont identifié quatre grands défis auxquels font face les employés qui doivent l’adopter.



On pensait (presque) tout savoir sur le télétravail.


Les avancées technologiques redéfinissent depuis quelques dizaines d’années nos façons de travailler et supposent d’atteindre des niveaux de confort et d’efficacité toujours plus élevés. Internet haut débit, messageries instantanées, matériel de pointe… autant d’outils qui ont permis l’émergence d’une alternative intéressante au travail en présentiel : le télétravail ! Une émergence timide cependant, et plutôt réservée à des employées occupant des postes à responsabilités élevées (décisionnaires et managers à « cols blancs »). Aux US par exemple, si le nombre d’employés en télétravail est passé de 1,8 million en 2005 à 3,9 millions en 2019, il ne représentait que 2,9 % des travailleurs américains il y a deux ans. En Europe, le constat est similaire : seulement 2 % des employés déclaraient télétravailler en 2015 (Eurofound, 2017). [1]


On le sait, le télétravail, encore appelé “travail à distance”; “home office” ou “remote” est défini comme un travail réalisé hors du lieu de travail habituel mais connecté à celui-ci par des moyens de télécommunication. Il est aussi consensuellement admis que le télétravail représente un important potentiel de croissance économique, socialement et écologiquement responsable (même si ce dernier point commence à être discuté, lire cette tribune pour plus d’informations). En France, dans un rapport du Centre d’Analyse Stratégique commandé, on pouvait lire en novembre 2009 que “le télétravail a un fort potentiel de développement qui pourrait concerner jusqu’à 50 % de la population active en 2015”. [2] Ce que l’on avait moins prédit, c’est qu’une crise pourrait venir chambouler l’état de connaissances scientifiques à son sujet.


Effectivement, le COVID-19 et les restrictions qu’il a provoquées ont fait naître des millions de télétravailleurs. Des employés du monde entier ont ainsi expérimenté cette nouvelle façon de travailler. Si cette solution a apporté un vent de nouveauté dans les premiers moments, elle a aussi provoqué certaines tempêtes dans nos vies d’êtres sociaux. Car cette nouvelle norme, ni les employés ni leurs organisations n’y étaient forcément préparés.


Des nouveaux défis aux effets plutôt néfastes.


Afin de mieux comprendre les mécanismes à l'œuvre dans le contexte de pandémie, la recherche en psychologie a mené dernièrement des études exploratoires. Récemment, Wang et collègues (2021) ont ainsi pris le temps d’interroger 39 employés provenant de différents postes et de différents secteurs d’entreprises contraints de travailler à distance à temps plein dès les premiers mois de la pandémie et jusqu’à nouvel ordre. Les chercheurs ont alors identifié quatre défis clés du télétravail.


Défi n°1 : l’interférence entre le travail et la maison


Le sujet de la séparation entre vie personnelle et vie privée était déjà étudié avant la crise pandémique. Cependant, la généralisation du télétravail a largement accentué ce brouillage des frontières. Le personnel envahit le temps de travail, le travail envahit la sphère privée. Ces interférences ont provoqué chez beaucoup un sentiment d'épuisement lié à leur présence continuelle en ligne : "Mes superviseurs et mes collègues peuvent venir me contacter dès qu'ils ont besoin de moi, et je dois leur donner une réponse immédiate" témoigne une chef de projet, loin de faire figure d’exception. [1]


Défi n°2 : la communication inefficace


Lorsque la distance empêche de communiquer physiquement, les outils de communication sont notre seule porte vers l’extérieur. Cependant, ces outils ne peuvent encore remplacer la richesse d’une conversation en face à face, et limitent donc la communication. Par ailleurs, les outils existants n’étaient pas taillés pour de telles communications de masse. Dysfonctionnement des logiciels empêchant de suivre une réunion, caméra éteinte limitant la spontanéité des échanges, ou tout simplement problème de connexion … Chacun.e a aujourd’hui une anecdote “Zoom” à raconter (et ce n’est pas forcément pour le meilleur !)


Défi n°3 : la procrastination


“Ne fais pas aujourd’hui ce que tu pourrais faire demain !” Mais est-ce bien productif ? La procrastination, définie comme le report irrationnel d'un comportement (Steel, 2007), est courante sur le lieu de travail mais sa fréquence semble avoir augmenté lors de la pandémie. Même chez les salariés les plus engagés et productifs, difficile de ne pas voir apparaître de temps en temps une défaillance de l’autorégulation. En effet, l’environnement de travail ayant rapidement vampirisé un espace habituellement privé, les chercheurs observent chez les employés la tendance à retarder certaines tâches professionnelles au profit de temps non lié au travail comme l’utilisation des médias sociaux ou les longues pauses.


Défi n°4 : la solitude


Le travail à distance engendre moins d'interactions en face à face avec les collègues et les managers (qui plus est quand il est couplé avec un confinement généralisé !). Qu’il soit déployé en temps de pandémie ou non, le travail à distance génère un risque d’isolement et de baisse du sentiment d’appartenance à l’équipe. Un risque qui amène à la nécessité d’une vigilance particulière pour limiter le sentiment de solitude.


Les caractéristiques du travail virtuel peuvent affecter ces défis… positivement ou négativement !


On l’a vu, le télétravail généralisé durant la pandémie a fait émerger des défis aux conséquences souvent néfastes chez les employés contraints de s’aligner avec cette façon de travailler. Cependant, l’impact du travail à distance n’est pas le même pour tous. Plusieurs variables viennent en effet influencer le vécu des salariés … positivement ou négativement.


L’autonomie professionnelle


La possibilité pour les employés de décider quand et comment accomplir leurs tâches favorise la performance et le bien-être des individus. Ceux qui en bénéficient peuvent équilibrer les temps travail-repos et choisir la façon la plus productive d’effectuer leur travail.


Le suivi de travail


Dans l’étude réalisée, 10 participants ont déclaré avoir fait l'expérience de différentes formes de suivi de la part de leurs superviseurs. Une expérience qui semble avoir eu un impact positif sur leur motivation. Si les procédures de contrôle intrusives sont bien entendu à proscrire, il semble donc que le suivi régulier soit bénéfique. Par exemple, un employé déclarait que commencer la journée par une réunion d’équipe rapide lui permettait de se mettre plus facilement dans des conditions de travail.


La charge de travail


Qu’elle soit faible ou importante, les participants indiquent qu’une charge de travail inadaptée influence de façon négative leur équilibre entre travail et vie privée. Certains pointent du doigt l’intensité de travail vécue pendant cette période et suggèrent l'existence d'un lien entre la surcharge de travail et les difficultés de concentration et de procrastination.


Le soutien social


Le soutien social a été mentionné comme étant une ressource professionnelle nécessaire pour accomplir les tâches pendant la période de travail à domicile. Plus important encore, il apparaît comme un élément permettant de surmonter la solitude. Les participants de l’étude dont l'organisation a mis à disposition des plateformes de communication en ligne pour stimuler les interactions sociales entre les travailleurs ont ainsi généralement déclaré être moins seuls.


Conclusion

En psychologie, les problématiques de santé et de qualité de vie au travail sont des sujets d’étude majeurs et il existe un vaste corpus d’études autour de la notion de télétravail. Cependant, jamais la recherche n’avait eu à aborder le sujet dans un tel contexte, celui d’un mode de travail devenu la norme du jour au lendemain, au niveau mondial, avec des obligations inédites à assumer. Certaines problématiques jusque-là silencieuses, car observées de façon ponctuelle, ont alors été révélées à grande échelle grâce à de nouvelles études exploratoires. Les résultats de récentes études révèlent que les caractéristiques du travail virtuel peuvent être un puissant moyen d'améliorer l'efficacité du travail et le bien-être des travailleurs à distance. En particulier, le soutien social et l'autonomie professionnelle, agissants comme des ressources professionnelles qui aident les employés à faire face aux défis du travail à distance. La charge de travail et la surveillance, cependant, ont tendance à fonctionner comme des exigences augmentant l'interférence entre le travail et la vie privée des travailleurs à distance, minant ainsi le bien-être des employés.


Principales références

[1] Wang, B., Liu, Y., Qian, J. and Parker, S.K. (2021), Achieving Effective Remote Working During the COVID-19 Pandemic: A Work Design Perspective. Applied Psychology, 70: 16-59


[2] Aguilera, A., Lethiais, V., Rallet, A. & Proulhac, L. (2016). Le télétravail, un objet sans désir ?. Revue d’Économie Régionale & Urbaine, 245-266.


[3] Hé, J. (2006). Pratiques éducatives parentales : comparaison France, Japon et Chine. La revue internationale de l'éducation familiale, 20, 9-29

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